Le satellite Link, petit réfrigérateur bardé de bras robotiques et de propulseurs à xénon censé arracher le télescope Swift à sa chute orbitale, ne remplira jamais sa mission. La NASA et la startup Katalyst Space Technologies ont annoncé mercredi qu’ils renonçaient définitivement à sauver le Neil Gehrels Swift Observatory, l’un des instruments les plus prolifiques jamais déployés pour traquer les sursauts gamma, des flashs d’énergie colossaux produits par l’effondrement d’étoiles géantes ou la collision d’objets compacts aux confins de l’univers. L’observatoire, en orbite depuis 2004, rentrera dans l’atmosphère terrestre et s’y consumera d’ici la fin 2026.
Katalyst avait pourtant réussi l’impensable, à savoir concevoir, assembler et lancer un véhicule de sauvetage orbital en neuf mois seulement, là où ce type de mission exige habituellement plusieurs années de développement. Le décollage du 3 juillet s’était bien déroulé, les premières semaines en orbite avaient tenu toutes leurs promesses… puis fin juillet, Link a brutalement perdu le contrôle de son orientation. Deux de ses trois roues de réaction, ces gyroscopes internes qui permettent de pointer un satellite avec une finesse chirurgicale, ont cessé de fonctionner. Les micro-propulseurs à gaz froid destinés au pointage fin ont eux aussi connu des défaillances. Il ne restait plus que trois propulseurs plasma à faible impulsion pour tenter de stabiliser un engin filant à près de 8 kilomètres par seconde autour de la Terre, un pari devenu intenable.
Jared Isaacman, l’administrateur de la NASA, a défendu la tentative avec une franchise désarmante. « Ce n’est pas le résultat que nous recherchions, mais cela ne change rien au fait que cette mission méritait d’être tentée », a-t-il déclaré, ajoutant que l’agence « doit être prête à agir vite et à prendre des risques intelligents quand le retour potentiel en vaut la peine ». Le contrat de 30 millions de dollars attribué en septembre dernier à Katalyst, une jeune entreprise basée à Flagstaff en Arizona, incarnait précisément cette philosophie du pari calculé. Le calendrier imposé par la NASA forçait les ingénieurs à accepter des niveaux de risque technique qu’ils n’auraient jamais tolérés dans des conditions normales, un compromis que la fenêtre de sauvetage, dictée par la mécanique orbitale impitoyable, rendait inévitable.
Katalyst tente désormais de sauver ce qui peut l’être de son vaisseau encore fonctionnel, en envisageant notamment une démonstration de son système de navigation de proximité si Link parvient à s’approcher suffisamment de Swift. « Nous continuerons à extraire toute la valeur technique et opérationnelle possible du véhicule », a indiqué l’entreprise dans un communiqué. La technologie de rendez-vous et de capture robotique développée pour cette mission pourrait ainsi alimenter de futurs programmes de maintenance en orbite, un domaine que la NASA et le secteur privé considèrent comme stratégique pour prolonger la durée de vie des satellites vieillissants.
Swift reprendra ses observations scientifiques dans le peu de temps qui lui reste avant la rentrée atmosphérique, mais cette fenêtre se limitera sans doute à un mois environ, selon Alise Fisher, porte-parole de la NASA. Les opérations d’observation avaient été suspendues ces dernières semaines pour ralentir la dégradation orbitale du télescope, une manœuvre de survie qui aura finalement été vaine. En vingt-deux ans de service, l’observatoire a détecté plus d’un millier de sursauts gamma, cartographié des trous noirs en pleine activité et fourni des données irremplaçables sur les phénomènes les plus violents du cosmos.
Peut-on vraiment reprocher à la NASA d’avoir joué cette carte ? Le pari reposait sur une startup, un calendrier de course contre la montre et un véhicule jamais testé en conditions réelles, le tout pour sauver un télescope dont la valeur scientifique dépasse de très loin les 30 millions investis dans la tentative. La communauté astrophysique perd avec Swift un œil irremplaçable sur les cataclysmes cosmiques, et aucun successeur dédié n’est aujourd’hui programmé pour prendre le relais avant la fin de la décennie.

